Bonjour,
Un petit article me trotte dans la tête ce matin. Distinguer les raisons de faire les classes prépas qui vont plutôt "vous aider" à les réussir et celles qui vont peut-être devenir des obstacles par la suite.
A mes yeux, je ne suis "personne" pour dire qui doit faire les classes prépas ou pas, mais j'ai beaucoup souffert de les avoir choisies (maths sup, maths spé en ce qui me concerne) et je me dis qu'il y aurait pu y avoir quelques signaux d'alerte pour me "prévenir" que ce n'était pas forcément fait pour moi.
Petit point de contexte : les classes prépas ne sont pas adaptées à tous les élèves, mais ce n'est jamais posé comme ça. Les classes prépas, les profs, les équipes encadrantes ne se remettent JAMAIS en question, c'est toujours l'élève qui est remis en question.
On parle actuellement des violences en milieu scolaire. Les violences en classes prépas sont systémiques. Par définition, on prend les meilleures élèves de tous les lycées de France et quelques semaines après la rentrée, on met 2,5/20 à des élèves qui avaient 18/20 quelques mois plus tôt et ON décide qu'ils sont NULS.
Les "bonnes" raisons de choisir les classes prépas
Vous avez l'esprit de compétition
Vous avez un projet professionnel précis qui vous a amené à choisir les classes prépas :
- Vous voulez travailler dans l'aéronautique et vous êtes passionné de physique depuis longtemps. Bonus : vous bidouillez des circuits électroniques le week-end
- Vous voulez enseigner, vous voulez intégrer Normale Sup et passer l'agrégation. Vous lisez 3 livres par semaine depuis la grande section de maternelle.
- Vous voulez gagner le plus d'argent possible et pour vous une seule réponse : la finance de marché, la spéculation sur les matières première alimentaires, travaillez au sein des grandes banques internationales. Une seule école possible : HEC. Eventuellement l'ESSEC ou l'ESCP en cas d'échec.
Les critiques des profs vous galvanisent.
Les mauvaises notes vous remettent au travail.
Vous avez un léger (ou un gros) complexe de supériorité.
Vous ne vous posez aucune question.
- et donc a priori, vous n'êtes pas en train de lire ce blog ;-)
Les "mauvaises" raisons de choisir les classes prépas, ou celles qui peuvent se transformer en difficultés l'année prochaine
Vous choisissez les classes prépas parce que "vous êtes bons en tout" mais que vous ne savez pas trop quoi choisir.
Vous pourriez aussi bien faire maths sup que prépa ECG ou même les classes prépas littéraires, tellement vos compétences et vos centres d'intérêts sont ouverts.
On vous dit que "vous en avez sous le pieds" parce que "vous n'avez jamais vraiment travaillé".
On vous dit que "ça vous permet de garder toutes les portes ouvertes" : Ça vous permet de ne pas choisir pour le moment, mais seulement "dans deux ans".
Vous n'avez pas l'esprit de compétition.
De toutes façons, vous n'aimez pas les sports collectifs. Quand vous choisissez un sport individuel, vous préférez la performance personnelle que de "battre les autres".
Vous avez un léger complexe d'infériorité.
Vous vous posez plein de questions, vous vivez dans le doute, presque au point de "savoir que vous ne savez pas" comme Socrate.
Vous êtes créatif, intuitif, sensible. (mais vous ne le savez pas forcément, parce qu'au quotidien, vous faites simplement au mieux pour faire ce qui est attendu par les profs, les parents...)
Vous êtes sensibles aux notes, aux critiques, au regard des autres.
Quelques explications.
Ces raisons de faire les classes prépas ne sont pas "mauvaises" en soi.
Simplement, ce sont celles qui amènent ensuite à des difficultés.
Quand on ne sait pas vraiment pourquoi on est en classes prépas, on est très rapidement désavantagé par rapport à ceux pour qui c'est "le projet de toute leur vie" et qui y consacrent tout leur temps et toute leur énergie "sans se poser de question".
Quand on est passionné par de très nombreux sujets, c'est "douloureux" - vraiment - de tenter de faire 4h de maths, 4h de physique, puis de recommencer. De pouvoir éventuellement se changer les idées en faisant ensuite des sciences de l'ingénieur et de la chimie. Soirs et week-ends inclus. Jusqu'à 1h du matin si nos conditions physiques le permettent !
Quand on s'impose ce rythme et que l'on passe de 16 sur 20, habituellement "premier de la classe" depuis 10 ans, et que tout à coup, on a 11,6/20 et qu'on est 16e, en ce qui me concerne, j'ai mis de nombreuses années à comprendre que "c'était bien". Quand mon prof de maths à jugé utile de me le dire, c'était en mars de l'année suivante, et ça faisait déjà quelques mois que j'étais en souffrance et que je me posais de fait "trop de questions" sur le sens de tout ça, sur l'utilité, la nécessité, la pertinence de faire 10 à 12h de maths et de physique tous les jours.
Pour certains, c'est beaucoup plus brutal : ils arrivent du Luxembourg ou simplement de province pour intégrer Louis le Grand, Henri 4 ou "Ginette" et tout à coup, quasiment "du jour au lendemain", ils ont 2,5/20 et ils sont "avant dernier" ou "dernier" de la classe. La meilleure classe de France, certes, mais quand même, DERNIER.
Sensible, émotif, intuitif. Ca devient un handicap quand on prend en compte les critiques des professeurs, les mauvaises notes. C'est pourtant assez normal que ça ait un impact : ça fait 15 ans que les "bons élèves" font aussi les choses pour faire plaisir à leurs parents ou à leurs profs. Pour obtenir les bonnes notes et les bons résultats qui les valident dans leurs apprentissages.
Même intuitif peut devenir une difficulté : on a l'intuition de la réponse, mais ça ne suffit pas : il faut pouvoir le prouver.
Alors si une mauvaise note, puis 2, puis 3, ne vous galvanise pas au sens de "je vais leur montrer que je mérite mieux que ça", elles peuvent vous éprouver, vous décourager, vous désorienter.
Dans ce cas, le projet précis du type "je veux faire Supaéro" peut aussi se retourner contre l'élève. En temps normal, cet projet permet de passer la tempête et de s'accrocher. Mais si l'objectif n'est plus atteignable, est-ce que ça vaut encore la peine de travailler tout le temps ?
Mais si on n'a pas de projet du tout. Si on est là "parce qu'on ne savait pas quoi choisir", "pour garder des portes ouvertes" alors souvent, on laisse tomber.
Pour terminer
Pour terminer, je voudrais évoquer la situation des élèves "qui en ont sous le pied". Il faut vraiment se poser la question : "S'il ne travaillait vraiment pas en rentrant de l'école depuis 10 ans qu'il a l'occasion de la faire, qu'est-ce qui va changer pour que tout à coup, il s'y mette ?"
En effet, ils en "ont sous le pied" mais ils ne font rien.
Et ils réussissent au lycée. Tant mieux.
Alors, je le précise aux parents : "vous voulez dire qu'il ne travaillaient pas... en dehors des 30 heures qu'ils passaient en cours".
C'est-à-dire que leur système d'apprentissage était hyper performant en classe.
Pas qu'ils ne travaillaient pas du tout.
Par contre, une fois sortie de l'école, ils avaient besoin de leurs amis, des activités sportives ou musicales. Voire ils passaient leur temps sur les jeux vidéos.
En prépas, ça va être un problème.
Les "haut-potentiels", "multi-potentiels" ou "cerveaux globaux" ont besoin de toutes ces activités variées pour aller bien, pour "se nourrir", pour s'épanouir, pour se sentir bien. En classes prépas, souvent leur cerveau "sature". On trouve des solutions en leur faisant prendre conscience qu'ils ont besoin de véritables pauses d'oxygénation - au sens propre - de leur cerveau et d'eux-mêmes. Sans culpabilité.
Mais pour les élèves qui "n'en foutent pas une", je repose la question : qu'est-ce qui va faire que ce sera différent l'année prochaine ? Les mauvaises notes sont rarement un moteur. Ils pensent souvent qu'ils suffiraient qu'ils s'y mettent. Ils vont parfois jusqu'à demander "mais travailler ça sert à quelque chose ?"
Et ceux qui essaient peuvent se rendre compte que oui, effectivement, apprendre son cours et chercher les exercices rend les choses plus faciles d'un cours à l'autre puis au DS.
Mais le plus souvent, ils ont arrêté avant d'avoir vraiment essayé. Parfois au bout d'un an, quand même, à finalement donner raison aux caricatures des profs : "il faut se mettre au travail". Répété à tous les élèves qui n'ont pas de bonnes notes, indifféremment du fait que l'élève travaille... ou pas.
Et vous, quelles sont vos raisons pour choisir les classes prépas ?
Vous voulez nous le dire en commentaire ?
Si vous voulez des précisions sur les éléments cités dans cet article ou pouvoir en discuter pour vous-même ou pour votre fils/filles, n'hésitez pas à prendre contact !
Citation de notre prof de latin de terminale :
Vous choisissez tous les classes prépas, mais vous verrez, au mois de novembre, les samedi après-midi à votre bureau, à regarder la pluie tomber à travers la fenêtre...
Pour compléter ces sujets, je m'étais un peu agacé au cours de deux articles en janvier 2021 :
Un diplôme d'ingénieur ou une école de commerce ne permet pas de "tout faire"
Les classes prépas ne sont pas un moyen de "se garder les portes ouvertes"
Enfin, un autre éclairage, sur les bonnes raisons de NE PAS faire les classes prépas :
S'il est encore temps, ne faites pas les classes prépas
Le débat est ouvert !
Bonne journée,
Gabriel Brabant
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